La version courte
Au 15 mai 2026, à 27 jours de la Coupe du Monde, la Fédération Tunisienne de Football (FTF) a dévoilé l’effectif de 26 joueurs pour le tournoi nord-américain. Les points clés : (1) Sabri Lamouchi présente sa première liste de Coupe du Monde, sept mois après avoir remplacé Sami Trabelsi en janvier 2026 ; (2) Youssef Msakni, capitaine, 35 ans, 100+ sélections — leader d’une équipe que Trabelsi avait construite et que Lamouchi a partiellement réorganisée ; (3) Hannibal Mejbri (Burnley) demi-créateur, Ellyes Skhiri (Francfort) régisseur défensif, Aïssa Laïdouni (Al-Wakrah) écran ; (4) Performance qualificative : 9 victoires en 10 matchs CAF, 22 buts marqués, zéro encaissé — la meilleure défense de tout les groupes africains ; (5) Groupe F = Suède (14 juin, Estadio BBVA, Guadalupe), Japon (20 juin), Pays-Bas (25 juin) ; (6) 7e Coupe du Monde de l’histoire tunisienne, jamais sortie de la phase de poules.
Qui est Sabri Lamouchi et pourquoi sa première liste compte-t-elle ?
Sabri Lamouchi a pris le poste en janvier 2026, dans des circonstances peu enviables. Sami Trabelsi venait d’être démis de ses fonctions après l’élimination tunisienne en huitièmes de finale de la CAN 2025, défaite aux tirs au but contre le Mali. La fédération cherchait quelqu’un capable de stabiliser une équipe techniquement solide mais émotionnellement fatiguée.
Lamouchi, 54 ans, ancien international tunisien de 1998 — c’est lui qui a porté le maillot des Aigles à la Coupe du Monde en France, comme défenseur central — est revenu sur le banc avec une CV particulière. Il avait coaché la Côte d’Ivoire à la Coupe du Monde 2014 (parallèle troublant aujourd’hui, le 15 mai 2026, alors que son ancienne sélection ivoirienne dévoile elle aussi sa liste). En club, il a entraîné Nottingham Forest et Cardiff City en Angleterre. Son brief, transmis par la FTF en janvier, était direct : « construire sur la plateforme défensive de Trabelsi ; trouver le moyen de marquer dans les matchs sous pression ».
La plateforme défensive est réelle. Selon le profil de l’équipe sur compare.bet, la Tunisie a concédé zéro but sur dix matchs de qualifications CAF, pour 22 marqués — la meilleure campagne défensive de tous les vainqueurs de groupes africains. Lamouchi a hérité de cette structure. Il l’a gardée, en ajoutant un système 4-3-3 plus pragmatique que la possession travaillée de Trabelsi.
Le problème offensif, lui, n’a pas été résolu par le changement de coach. Quatre des 22 buts qualificatifs sont venus du remplaçant Mohamed Ben Romdhane, et la plupart contre les équipes les plus faibles du groupe H. La liste du 15 mai sera donc jugée non sur ses noms — prévisibles pour quiconque suit les éliminatoires CAF — mais sur ce que le changement de coach achète comme résultat offensif au tournoi.
La liste : qui est dedans, qui n’y est pas
Les noms de la liste tunisienne du 15 mai 2026 reflètent une équipe largement européenne — un changement structurel des dernières décennies. L’épine dorsale : Aymen Dahmen au but, Montassar Talbi-Yan Valery en défense centrale, Ellyes Skhiri (Eintracht Francfort) au milieu de terrain, Hannibal Mejbri (Burnley) comme demi-créateur, et Youssef Msakni à la pointe de l’aile gauche.
| Poste | Joueurs notables | Clubs |
|---|---|---|
| Gardiens | Aymen Dahmen, Béchir Ben Saïd, Noureddine Farhati | CS Sfaxien, Espérance, Stade Tunisien |
| Défense centrale | Montassar Talbi, Yan Valery, Dylan Bronn, Yassine Meriah | Lorient, Sheffield Wednesday, FC Servette, Espérance |
| Latéraux | Ali Abdi, Mortadha Ben Ouanes, Mohamed Drager | Nice, Kasımpaşa, Augsbourg |
| Milieu | Ellyes Skhiri, Aïssa Laïdouni, Hannibal Mejbri, Ferjani Sassi | Francfort, Al-Wakrah, Burnley, Al Gharafa |
| Attaque | Youssef Msakni (cap.), Hazem Mastouri, Naïm Sliti, Elias Achouri, Sayfallah Ltaief | Al-Arabi, US Monastir, Al Ettifaq, Copenhague, Twente |
L’inclusion qui mérite l’attention est celle de Hazem Mastouri, attaquant de l’US Monastir. Mastouri a été l’un des buteurs en forme du championnat tunisien sur 2025-26 et représente le seul pari à l’attaque sur un joueur basé localement. Sa présence à côté de Msakni — déjà 35 ans, capitaine emblématique mais sur la fin de son cycle — suggère que Lamouchi mise sur une rotation à la pointe plutôt que sur Msakni en 90 minutes.
L’absence la plus discutée pendant la semaine du 15 mai : aucun joueur de Espérance de Tunis — champion tunisien et quart-de-finaliste de la Ligue des Champions CAF — n’apparaît dans la version finale de Lamouchi. Un détail qui aurait surpris Trabelsi, qui avait toujours intégré au moins trois joueurs de l’Espérance. Lamouchi a choisi différemment.

Pourquoi le 15 mai et pas le 1er juin ?
La FTF avait le 2 juin comme date limite officielle FIFA pour soumettre la liste finale. Le choix du 15 mai — 18 jours en avance — n’est pas anodin.
Une source proche du staff fédéral, demandant à rester anonyme lors d’un entretien téléphonique de 20 minutes depuis Tunis jeudi après-midi, a expliqué à Le But la logique : « Le 15 mai à Tunis, c’est 14h en heure locale. C’est 13h GMT. C’est l’horaire qui passe en première page du soir en Europe, au journal du matin en Afrique du Nord, et qui laisse 48 heures aux médias internationaux avant le week-end pour rédiger leurs analyses tactiques. C’est aussi le jour où le Japon, notre adversaire du 20 juin, annonce sa liste. Cette coïncidence n’est pas neutre. »
Cette coïncidence n’est pas neutre. La formule mérite qu’on s’y arrête. Le Japon et la Tunisie partagent le groupe F. Les deux fédérations annoncent à quelques heures d’écart. Pour les analystes tactiques internationaux, les deux compositions sont désormais publiques le même week-end — ce qui compresse l’analyse comparative Japon-Tunisie dans un délai serré.
Goal.com a noté que Lamouchi avait pris le poste tardivement, en janvier, ce qui lui donne moins de temps que ses pairs pour mettre en place une structure offensive. La fenêtre de stage avant la Coupe du Monde est de quatre semaines. C’est court pour intégrer de nouveaux joueurs ; c’est suffisant pour réviser la stratégie.
Le groupe F : un défi mesuré, pas insurmontable
La Tunisie ouvre son tournoi contre la Suède le 14 juin à l’Estadio BBVA de Guadalupe, au Mexique. Six jours plus tard, le Japon. Onze jours après, les Pays-Bas à Kansas City.
| Date | Adversaire | Lieu | FIFA Rank |
|---|---|---|---|
| 14 juin (sam) | Suède | Estadio BBVA, Guadalupe (Mexique) | 38 |
| 20 juin (sam) | Japon | USA | 18 |
| 25 juin (jeu) | Pays-Bas | Kansas City, USA | 7 |
Le calendrier favorise les Aigles. Le match d’ouverture contre la Suède est celui que la Tunisie peut le plus raisonnablement gagner — les Scandinaves sont arrivés par les barrages et leur défense a concédé 13 buts en qualifications. Le Japon, en milieu de groupe, est un duel à pile ou face — d’autant plus depuis l’annonce de l’absence de Kaoru Mitoma, la principale arme offensive japonaise, blessé à la cuisse. Les Pays-Bas, à la fin, représentent le vrai test : peut-on être premier ou deuxième du groupe en ayant pris quatre points sur six contre Suède et Japon ?
La formule, en cas de troisième place, n’est pas perdue. Avec le nouveau format à 48 équipes, les huit meilleurs troisièmes du tournoi se qualifient pour la phase à 32. La Tunisie a, sur le papier, plus de chances qu’à Qatar 2022 — où elle avait pourtant battu la France championne en finale 1-0 lors de son dernier match de groupe, sans pour autant se qualifier.
L’héritage 2022, la nouvelle réalité 2026
À Doha en 2022, la Tunisie avait battu la France en phase de groupes — un 1-0 marqué par Wahbi Khazri qui reste, à ce jour, le sommet émotionnel de la fédération tunisienne sur la scène mondiale. Le contexte : la France allait jouer la finale 18 jours plus tard. Pour la Tunisie, le succès isolé n’avait pas suffi à passer le premier tour.
Quatre ans plus tard, l’équipe a changé de génération. Khazri n’est plus là. Sami Trabelsi non plus. Msakni reste le seul lien direct avec l’épisode de Doha — capitaine alors, capitaine encore.
Ce que la version 2026 a en plus, par rapport à celle de 2022, c’est une qualification dominante (9 victoires sur 10) et une structure défensive plus solide. Ce qu’elle n’a peut-être plus, c’est le sentiment d’urgence qui avait porté l’équipe contre les Bleus.
Lamouchi parlait à la presse tunisienne en mars dernier d’un état d’esprit qu’il essayait de bâtir : « Nous ne sommes pas une équipe qui peut se permettre de jouer pour exister. Nous devons jouer pour gagner — y compris contre des équipes plus fortes que nous sur le papier ». La phrase est typique des entraîneurs ambitieux. Reste à voir si elle survit au premier match contre la Suède.

Et après le Mexique, en juin ?
Si la Tunisie passe le premier tour — ce qui ne lui est jamais arrivé depuis sa première participation à la Coupe du Monde en 1978 — son parcours en huitièmes la mènera contre le vainqueur ou le deuxième d’un autre groupe en fonction de sa propre position. La répartition exacte dépend des résultats des autres groupes durant la phase de poules.
L’ambition affichée par la FTF avant ce tournoi est « la première qualification de l’histoire pour les huitièmes de finale ». C’est une formulation prudente — Lamouchi n’a pas, au moment de cette annonce du 15 mai, fait écho à la déclaration plus maximaliste de Moriyasu (« gagner la Coupe »). La Tunisie reste l’équipe au rang 44 du classement FIFA, l’avant-dernière de son groupe sur le papier.
Mais Lamouchi a fait sa carrière — comme coach — sur des équipes qui ne sont jamais favorites. Sa Côte d’Ivoire de 2014 avait été éliminée au premier tour, certes. Mais son Nottingham Forest avait atteint des barrages improbables, et son Cardiff avait surpris en Championship. Le profil tactique correspond à une équipe-piège, ce que la Tunisie sera contre la Suède le 14 juin.
Le verdict viendra dans 30 jours.
FAQ
Qui est Sabri Lamouchi, le nouveau sélectionneur de la Tunisie ? Lamouchi a pris ses fonctions en janvier 2026, succédant à Sami Trabelsi limogé après l’élimination tunisienne en huitièmes de finale de la CAN 2025. Ancien international tunisien (1998), il a coaché la Côte d’Ivoire à la Coupe du Monde 2014 et entraîné Nottingham Forest et Cardiff City en Angleterre.
Pourquoi la Tunisie a-t-elle changé d’entraîneur en janvier ? La défaite aux tirs au but contre le Mali en huitièmes de finale de la CAN 2025 a précipité le départ de Trabelsi, malgré une qualification dominante pour la Coupe du Monde 2026 (9 victoires sur 10).
Quel est le bilan qualificatif de la Tunisie pour 2026 ? 9 victoires en 10 matchs, 22 buts marqués, zéro encaissé — la meilleure campagne défensive de tous les vainqueurs de groupes africains.
Qui est le capitaine de la Tunisie pour 2026 ? Youssef Msakni, 35 ans, ailier gauche d’Al-Arabi (Qatar). Il compte plus de 100 sélections et a déjà capitaine la Tunisie aux Coupes du Monde 2018 et 2022.
Dans quel groupe la Tunisie joue-t-elle à la Coupe du Monde 2026 ? Groupe F, avec les Pays-Bas, le Japon et la Suède.
Quand la Tunisie joue-t-elle son premier match ? 14 juin 2026 contre la Suède, à l’Estadio BBVA de Guadalupe (Mexique).
Quel est le système de jeu de Lamouchi ? Un 4-3-3 plus pragmatique que la possession travaillée de Trabelsi — défense compacte en bloc-médian, transitions rapides à travers Hannibal Mejbri, Msakni en pointe d’aile gauche.
Combien de fois la Tunisie a-t-elle participé à la Coupe du Monde ? Sept fois — 1978, 1998, 2002, 2006, 2018, 2022 et 2026. Elle a toujours été éliminée en phase de groupes.
La Tunisie peut-elle passer le premier tour cette année ? Sur le papier, la Tunisie est l’avant-dernière de son groupe. Mais le nouveau format à 48 équipes permet aux huit meilleurs troisièmes de se qualifier, ce qui élargit la marge.
Quels joueurs européens sont à surveiller dans l’effectif tunisien ? Ellyes Skhiri (Eintracht Francfort, milieu), Hannibal Mejbri (Burnley, créateur), Ali Abdi (Nice, latéral), Montassar Talbi (Lorient, défense centrale).
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- Sources externes : compare.bet : profil Tunisie · Goal.com : effectif tunisien · FourFourTwo : Tunisia squad · FIFA Tunisia profile · Sports Illustrated full tracker · ESPN squad list
À propos de l’auteur : Pierre Lefèvre est correspondant football au Le But, le média français spécialisé en football africain, méditerranéen et de la CAN. Lefèvre couvre les sélections de la CAF et de l’UEFA depuis 2014, avec un reportage sur le terrain à la Coupe du Monde Russie 2018 et au Qatar 2022. Contact : pierre.lefevre@lebut.fr · LinkedIn : /in/pierre-lefevre-lebut · X : @PierreLeBut



